Avec un désir intact de faire partager nos engouements littéraires, nous avons construit cette nouvelle édition en suivant le fil très libre où nous mènent toutes les correspondances ouvertes par le texte.
Avec des lectures qui font se croiser les voix, les langues, la musique, la danse, le dessin, la vidéo, la photo… pour des Correspondances qui seront, par ailleurs, remarquablement féminines cette année.
À rentrée littéraire exceptionnelle, dispositif exceptionnel : nous avons souhaité – tant ces livres de septembre sont riches de premiers romans, d’auteurs à découvrir et de textes formidables qui démontrent la vitalité de la création littéraire – accorder une large place à la parole des auteurs. Se donner le temps de les entendre à travers un grand nombre de lectures et de rencontres en tête-à-tête.
Car ce sont les mots lus qui nous lient, qui nous tiennent. Mais à quoi au juste ? Une réponse, où se croisent des souvenirs de visages pris par la lecture. Et aussi une image : celle du sultan ensorcelé par les mots. Le Commandeur des croyants souhaite la mort de Shéhérazade. Shéhérazade doit sa survie à ses seuls mots. Ne jamais s’arrêter. Le récit ne peut qu’être interrompu. Provisoirement. Il leur faut bien vivre, dormir, se reposer un peu entre deux récits. La lecture ici a la densité du sang qui coule dans les veines. Car lorsque cesse le récit, cesse la vie. Et Shéhérazade
vivra.
Ce détour par les
Mille et une nuits pour partager une conviction et un souhait.
La conviction, c’est que les lectures publiques, nous le savons tous d’expérience, révèlent certains textes. En habitant les mots le temps de la lecture, en s’incarnant dans la tessiture d’une voix, ils vivent et résonnent en nous collectivement. Cette expérience, paradoxale à première vue, d’une intimité partagée, nous avons tous senti un jour qu’elle pouvait agir comme un charme. Le souhait, c’est bien sûr que cette magie puisse se prolonger au-delà du festival. La racine du mot lire nous éclaire et nous donne espoir : lire, cela veut dire au départ recueillir. Le lecteur est celui qui, chemin faisant, cueille, choisit ; parfois même il dérobe en passant. Toujours la même racine : choisir, dérober.
Continuons.
Olivier Chaudenson, directeur,
avec l’équipe des Correspondances